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C’est sur les bancs de la fac de Rennes qu’il a rencontré « sa » bande : en licence d’arts du spectacle, une des rares (voire la seule) en France à proposer aux étudiants des ateliers pratiques en plus des cours théoriques. Dans sa promotion, il y avait de jeunes auteurs en herbe qui, depuis, ont fait du chemin : Jean-Claude Rozec dont le film Cul de bouteille a été shortlisté pour les Oscars 2012, Mathieu Courtois, aujourd’hui producteur chez Vivement Lundi!, Julien Leconte, animateur et décorateur ainsi que Amandine Gallerand, réalisatrice et décoratrice.
« La fac m’a permis de réaliser mon premier court métrage d’animation. J’ai eu la chance que mon scénario soit choisi parmi tous ceux qui avaient été écrits. Pendant deux mois et demi, nous avons tourné ce film qui s’appelle Un jour peut-être et qui s’est taillé un petit succès dans les festivals. Cette expérience a vraiment été fondatrice parce que j’ai été accompagné par les bonnes personnes. Par la suite, nous avons développé des compétences différentes et complémentaires », explique Matthieu.
Dans la foulée, les camarades créent l’association Blink pour continuer à faire des films au sein de la fac. Matthieu poursuit en licence, puis en maîtrise et en DEA option écriture de scénario. « Je ne dessine pas. J’ai deux mains gauches ! Donc, pour moi, le seul moyen de réaliser, c’est d’écrire ». Entretemps, Matthieu et sa bande se sont fait la main sur des bandes annonces pour un festival d’animation, Les Rencontres 10/10.
Mais c’est avant son année de licence que Matthieu a découvert le cinéma d’animation. Petit flash-back. Plutôt scientifique, il commence par intégrer une fac de… sciences, s’y ennuie, change son fusil d’épaule et part à Bordeaux en IUP de communication audiovisuelle. « J’aimais la musique et dans audiovisuel, il y avait audio ! ». Il se sent dans son élément et s’ouvre à de nouvelles connaissances en sociologie, psychologie ou histoire du cinéma et des médias.
A la faveur du stage obligatoire de deuxième année, Matthieu se retrouve assistant de production chez JPL Films au moment de la fabrication d’une série de courts métrages réalisée par Philippe Jullien qui venait d’achever Le Cyclope de la Mer. « Je me suis senti bien dans ce petit milieu avec son côté artisanal. J’ai tout de suite aimé l’animation en volume. Je pouvais y projeter mon propre imaginaire. Je pensais pouvoir m’approprier cette technique et cet univers plus facilement ». Après l’IUP, parce qu’il se trouve encore trop jeune pour chercher vraiment du travail et parce qu’il veut accroître sa culture cinématographique, il poursuit en licence d’arts du spectacle. Fin du flash-back.
Après le DEA : pas de plan-séquence en perspective, mais plutôt un grand vide. La bande s’était dispersée, certains avaient trouvé du travail, d’autres des stages. Quand il s’est agi d’envisager un lieu de travail, Matthieu s'est dit qu’avec deux sociétés de production spécialisées en animation, il allait pouvoir faire son trou professionnel en Bretagne. Et c’est une fois encore le réseau qui l’a remis en selle. Mathieu Courtois, son ancien camarade de fac, lui propose de faire un stage sur l’animatique du Cid de Emmanuelle Gorgiard. La collaboration est fructueuse et Matthieu deviendra assistant-réalisateur sur la fin du tournage.
Nouvel effet du réseau : son ami Yann Francès de Blink l’embarque dans un projet de documentaire sur le slam. « Chez JPL, j’avais eu l’occasion de travailler sur la note d’intention, mais de là à en écrire une… La co-réalisation a été houleuse, nous avons trop tourné et nous nous sommes épuisés, mais au final, je suis content d’avoir fait cette expérience ». Entretemps, sachant que Matthieu avait envie de se lancer dans un documentaire, Hubert Budor lui propose de co-réaliser L’histoire en cours. « Nous avons tout partagé, l’écriture, le cadre et la réalisation. Et j’ai bien profité de l’expérience de Hubert qui avait beaucoup plus de métier que moi, même si nous nous sommes parfois affrontés pendant le montage », sourit Matthieu qui reconnaît qu’il ne lâche pas facilement le morceau. « En fait, c’est une question de poste. Si je partage la réalisation ou l’écriture, je défends mes idées ».
Puis Pok et Mok est arrivé qui a permis à un bon nombre de talents bretons de l’animation de travailler sur le long terme. « Isabelle Lenoble m’a proposé d’écrire avec elle quelques épisodes de sa série. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas autant amusé en écrivant. J’avais oublié depuis dix ans qu’on pouvait avoir un tel plaisir. Isabelle m’a donné la possibilité d’écrire pour une série d’envergure ». Et Matthieu a dû donner satisfaction puisque le directeur d’écriture de la série l’a embauché sur la saison 2 de Angelo.
« Sur Angelo, je me considère comme un scénariste technicien, ce qui est très formateur. Il faut suivre une mécanique d’écriture très précise. Et je mets du temps à avoir une idée originale parce que beaucoup ont déjà été trouvées pour la saison 1. En revanche, quand je travaille sur une série en développement, j’entre dans l’univers en même temps que tout le monde et on évolue ensemble ».
Matthieu a aussi pris du plaisir à co-écrire avec Bruno Collet plusieurs épisodes de la série Petits joueurs qui sera diffusée sur France 3 pendant les Jeux Olympiques. Il a co-réalisé le pilote de Bienvenue à Bric-à-Broc avec Amandine Gallerand et il attend la mise en production. Il a déjà co-écrit quelques épisodes de la série Dimitri de Agnès Lecreux, en cours de développement.
Ces dernières collaborations ont permis à Matthieu de prendre de la bouteille dans son métier de scénariste. Depuis Pok et Mok, les bonnes expériences se sont succédé. « Mais il est compliqué de gagner sa vie avec l’écriture car on est souvent payé à la validation finale. Et puis, ne faire qu’écrire me fatiguerait. J’espère que je pourrai continuer à réaliser pour travailler sur différents matériaux et avec davantage de gens. En scénario, il y a des moments où je me sens un peu seul avec ma copie ». Pour l’heure, le dilemne de Matthieu se traduit en ces termes : « Faut-il relancer d’anciens projets ou en mettre en chantier de nouveaux ? ». En tout cas, une chose est sûre, c’est qu’il n’a encore jamais eu l’occasion de réaliser un film seul et qu’il en a très envie. Et c'est logiquement le court métrage d'animation qui le tente.
Nathalie Marcault