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      • Un cinéaste breton s’en est allé

      • publié le 24/01/2012
          • Pour l’Etat Civil, il s'appelait Jean, Robert, Marie, mais lui préférait tout simplement Yann. Le Dauphiné Libéré vient de nous apprendre sa disparition: « Yann Le Masson, né à Brest le 27 juin 1930, chef opérateur, documentariste et marinier est décédé à Avignon, vendredi 20 janvier 2012. Chef opérateur réputé, (…), documentariste engagé, alternant avec ses activités de cinéaste et d'enseignant à Cuba, il a exercé longtemps le métier de marinier en Europe. C'est sur sa péniche Nistader qu'il s'est éteint ce vendredi. »
          •  

                Soazig Chappedelaine et René Vautier, proches de Yann Le Masson, confirment avec émotion le départ d’un compagnon du cinéma direct et militant, ainsi que d'un ami. Nous ne croiserons plus ce personnage, dont les solides mains habituées aux durs travaux de halage ont si souvent caressé les caméras. Parcours atypique d’un fils d’officier de marine, éduqué strictement, qui réussit des études d’ingénieur, puis passe par les prestigieuses écoles Louis Lumière et l’IDHEC, avant d’être incorporé pour son service militaire dans les parachutistes de Vannes. Il est bon pour le service en Algérie, d’août 1955 à avril 1958. Cette expérience, comme pour bien d’autres jeunes de sa génération, lui sera violente. La guerre provoque en lui un sentiment d’injustice. Homme d’action, il passe à l’acte en transportant des armes pour le FLN dans les bas de caisse d’une caravane familiale. Puis, il bascule dans un cinéma militant, dénonçant le colonialisme au côté de Paul Carpita, La Récréation (1959) et d’Olga Poliakof, avec le film J’ai huit ans (1961). Il devient une des bêtes noires des autorités françaises, qui interdisent de territoire national ce dernier film. Qu’à cela ne tienne, Yann Le Masson réitère avec Sucre amer (1962), dénonçant le colonialisme à la Réunion.

                Son solide talent d'opérateur et de cinéaste est apprécié et recherché au sein du cinéma français. Il signe des images aussi bien pour des courts métrages, des films publicitaires et des films d'entreprise que pour des longs métrages ou l'ORTF. Il collabore avec des grands noms : Pierre Lhomme, Alain Cavalier, Sydney Pollack et Serge Gainsbourg. Il épouse l'aventure de l'UPCB (Unité de Production Cinéma Bretagne) en compagnie de René Vautier et de Félix Le Garrec. Mais il radicalise son engagement dans la mouvance maoïste. "Après avoir filmé l'enterrement des morts du métro Charonne en 1962, il enregistre celui du jeune militant Gilles Tautin en 1968, avec une caméra prêtée par Marin Karmitz. En 1971, au Japon, Yann Le Masson réalise avec Bénie Deswarte Kashima Paradise, avec un commentaire de Chris Marker, ce que certains considèrent comme son chef d’œuvre. Militant également aux côtés du mouvement féministe, il filme à plusieurs reprises les combats du MLAC (Mouvement pour la Libération de l'Avortement et de la Contraception) et réalise dans ce cadre un beau documentaire, Regarde, elle a les yeux grand ouverts (198O)", écrit de son parcours l'historien du cinéma Tangui Perron. Il passe ensuite ses brevets de capitaine et mécanicien professionnel pour le transport fluvial. Entre 1980 et 1993, sur le bateau Nistader, Yann Le Masson exerce le métier de marinier en Europe. Mais en 1984, il ne peut rester étranger à la cécité qui frappe son frère. Il réalise Heligonka, un film touchant et généreux.

                Mieux que dans un roman, Yann Le Masson découvre un jour, au pied de la passerelle de sa péniche, des films, qu'une main anonyme a déposé devant l’échelle de coupée. "Il s'agissait là des bandes qu'il avait lui-même réalisées juste à la fin de la guerre d'Algérie, dans lesquelles des militantes algériennes, sortant de la prison de Rennes, confiaient leurs rêves et leurs espoirs", précise Tangui Perron. Il manquait le son des films. Yann Le Masson voulait redonner la parole à ces femmes ainsi qu’une place dans l’histoire. Ce sera son ultime et beau projet.

            Claude Arnal.

            Photo: Kashima Paradise

            A lire, les portraits de Yann Le Masson dans le dernier numéro de Positif, ainsi que sur le site de Périphérie, par Tangui Perron. Du même auteur, Cinéma en Bretagne, éditions Palantine 2006. 

            A voir : DVD Le coffret Kashima Paradise / Le cinéma de Yann Le Masson (éditions Montparnasse, 2 DVD) qui présente l'ensemble de ses films, sauf Le Poisson commande, coréalisé avec René Vautier (animateur de l'Unité de Production Cinématographique Bretagne et réalisateur de « Avoir Vingt ans dans les Aurès (1972) et Félix Le Garrec, sur la chaîne du poisson jusqu'à nos assiettes...).

            A entendre : un documentaire radiophonique de Simon Guibert et Vanessa Najdar (55')  « Passeurs de réel : Yann Le Masson ».
            http://www.franceculture.fr/emission-sur-les-docks-passeurs-de-reel-25-yann-le-masson-2011-01-11.html

            Ils disent de Yann Le Masson...

                Caméraman d’exception et par ailleurs marinier, Yann Le Masson est une légende du cinéma direct dont chaque film balisa l’histoire du geste documentaire. Coréalisé avec Bénie Deswarte, Kashima Paradise (1973) est son chef-d’œuvre. Radiographie radicale du capitalisme nippon et véritable vivisection du pays, la violence spectaculaire des scènes finales, mettant aux prises à Narita forces de l’ordre et paysans opposés à la construction d’un aéroport, lui valut d’être comparé aux plus grands maîtres du septième art : Eisenstein, Fellini, Kurosawa. Arrimé à l’Histoire immédiate, témoignant de la fureur du monde, Yann Le Masson reste paradoxalement un très grand cinéaste de l’intime, filmant la perte, la maladie d’un proche ou l’émotion de la naissance avec une dignité bouleversante comme autant d’expériences personnelles rattachant chacun à l’universalité.

            Patrick LEBOUTTE, (Extrait du livret accompagnant le coffret de DVD qu'il publie chez Montparnasse dans la collection "Le geste cinématographique", Kashima Paradise, le cinéma de Yann Le Masson.)

                 Une des clefs de ce bouleversement, cette chose qui manque le plus à la plupart d’entre nous, particulièrement aux cinéastes : le Temps. Le temps de travailler, et aussi, et surtout de ne pas travailler. Le temps de parler, d’écouter, et surtout de se taire. Le temps de filmer et de ne pas filmer, de comprendre, et de ne pas comprendre, de s’étonner, et d’attendre l’au-delà de l’étonnement, le temps de vivre. Le temps de s’habituer aussi, de part et d’autre, et ce n’est pas rien. Même si la limitation de l’équipe de tournage, à deux personnes, réduit déjà le traumatisme martien que provoque un vrai tournage, le temps continue d’apprivoiser, de familiariser. On s’habitue à cette caméra que Yann porte à l’œil comme un myope chausse ses lunettes, pour mieux vous regarder, mon enfant.

            Chris MARKER, cinéaste.


            FILMOGRAPHIE (sources : IMDB, C&CiiFF et Editions Montparnasse)


            Directeur de la photographie:


            1981 Votre enfant m’intéresse
            1980 Aïnama (Salsa pour Goldman)
            1977 La Cecilia
            1977 Nucléaire danger immédiat
            1975 Les prisons aussi…
            1974 Black Love
            1973 Kashima Paradise
            1967 Tu imagines Robinson
            1966 L’or et le plomb
            1966 Les morutiers
            1961 Aicha
            1961 J’ai huit ans
            1954 Quand le soleil dort

            Réalisateur :


            1978 Le poisson commande (co-réalisateur)
            1973 Kashima Paradise (co-réalisateur)
            1961 J’ai huit ans (co-réalisateur)

            Scénariste:

            
1973 Kashima Paradise 
            1961 J’ai huit ans

            Opérateur :

            1983 Équateur
            1978 Alertez les bébés
            1976 Je t’aime moi non plus
            1973 Sans sommation
            1970 Cannabis (sous le nom de Yan Le Masson)
            1969 Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages 
            1968 La louve solitaire 
            1966 Grand Prix
            1960 Les scélérats (sous le nom de Yan Le Masson)
            1959 Des femmes disparaissent (sous le nom de Yan Le Masson)

            Récompenses :


            •    Sélection officielle au Festival de Cannes pour Kashima Paradise en 1973
            •    Nomination aux Oscars® en 1974 pour Kashima Paradise

             

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            Fichier(s) joint(s)
            Yann Le Masson, photo de Soazig Chappedelaine

            Yann Le Masson, photo de Soazig Chappedelaine

          • Kashima Paradise.jpg