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- Brigitte Chevet: Quel a été votre parcours dans l’audiovisuel ?
- Mathurin Peschet: Je suis Quimpérois d’origine. J’ai fait des études de maths à Brest, puis l’ESAV à la fac de Toulouse, une sorte de Beaux-Arts de l’audiovisuel. On passait nos diplômes en faisant des films, c’était très chouette ! Puis mon premier job, c’était à la Fnac pro de Paris, rue du Cherche-Midi. Je louais des bétas, des unités de tournage. Là j’ai sympathisé avec un réalisateur qui faisait des films pour France 5 et le CNDP, Patrick Fléouter. Je me suis survendu en lui disant que je savais monter, et je me suis retrouvé donc monteur là-bas ! Autant dire que j’ai passé mes premières heures sur un banc de montage en souffrant et suant à grosses gouttes mais au final ça l’a fait… Merci Patrick !
- C’est du CNDP que vient le côté très pédagogique de votre travail, qui arrive à rendre accessible un dossier complexe ?
- Non, je ne crois pas, sur la forme, ce qu’on faisait au CNDP c’était assez classique, que ce soit reportage ou doc. Par contre, j’ai appris beaucoup de choses avec les anciens là-bas, il y avait des réalisateurs qui venaient du film, ils faisaient un 52 minutes avec 3 heures de rushes ! Tout était très écrit, très formalisé...puis j’ai commencé à réaliser pour Morgane Productions, des petites choses pour les débuts de TV Breizh. C’était très bricolé, on bossait tout seul, on nous confiait une caméra et un banc de montage et on se débrouillait. J’ai fait ensuite des carnets de route, pour la série des Bretons Autour du Monde. C’est là que j’ai commencé à faire de la mise en scène avec ma propre image, puisque c’était dans le cahier des charges. Je me suis rendu compte que ça fonctionnait bien, pourtant je n’avais aucune formation pour cela. J’ai voyagé en Inde et en Thaïlande, on envoyait nos cassettes non montées par DHL ! Puis à Pattaya, j’ai rencontré un médecin breton qui soignait les gens malades du Sida. TV Breizh a refusé le sujet, les malades du Sida ça ne les pas intéressait pas... Du coup , comme je suis bien têtu quand même , j’ai voulu faire quelque chose de plus long sur lui. Grâce à une aide à l’écriture de la Région Bretagne de 3000 euros, j’ai fait ce premier film personnel . Il est en ligne sur Daily Motion: Mo Philip, un médecin à Pataya.
- Il y a eu ensuite Les Huileux ?
- Oui, un tour de France des gens qui font rouler leur voiture à l’huile, soit l’huile des paysans , soit de l’huile de récupération. C’est là que j’ai affiné le dispositif de ma présence à l’écran, pour aller à la rencontre de tous ces gens. Non parce que je voulais me montrer, mais parce que cela introduisait plus de naturel, une belle interaction entre moi et ceux que je rencontre. On se met sur un pied d’égalité devant la caméra, et il n’y a plus le côté “guindé” des interviews traditionnelles. On me renvoie souvent mon image de candide, de naïf...mais pour traiter du sujet des biocarburants ou des algues vertes, il ne faut pas être naïf, il faut connaître le dossier sur le bout des doigts, avoir lu un maximum d’articles, vu tous les films...et bien comprendre les enjeux. Pour L’Enfer Vert des Bretons, avec .Mille et Une. films, mon producteur, j’ai eu le temps d’approfondir le sujet , de faire des vrais repérages, de peaufiner le dossier.. ça c’est un vrai plus : avoir du temps pour bosser ! Et j’ai apprécié aussi l’intérêt qu’ils ont porté au film , Gilles, Elodie ou JP, ça aide à tenir la longueur…
- Quel est votre positionnement réel sur le sujet ? On a du mal à le savoir par moments, car vous parlez aussi bien avec les écolos qu’avec les paysans intensifs, aucun n’est caricatural, même si vous suggérez des pistes, par exemple l’élevage sur paille...
- J’ai clairement cette sensibilité naturaliste, tendance bio ou baba cool ou ce qu’on veut ! Mais j’écoute aussi et j’aime confronter mes préjugés avec de vraies rencontres, j’aime aller au fond des choses. Et quand je montre un agriculteur conventionnel, très sympa, qui bosse bien, c’est compliqué de lui rentrer dedans, même si son élevage hors-sol sur caillebotis, c’est vraiment un endroit que je trouve très dur. Au montage, on a laissé des choses qui le font sentir. Enfin on a essayé de ne pas en faire trop non plus, c’est compliqué. Ma copine m’a dit que je n’étais pas assez militant, pas assez rentre-dedans avec ce film ! C’est vrai que je ne suis pas René Vautier, même si j’aime beaucoup son travail. Et je ne le serai jamais. Mon cheminement est sans doute plus journalistique, même si je n’ai pas de formation de journaliste. J’aime l’idée de laisser la porte ouverte à différentes points de vues, que le spectateur puisse cheminer dans l’histoire, se faire sa propre opinion. Je fais des films plutôt bavards mais mon idole du moment c’est Frederick Wiseman… pas de musique, pas de commentaires, pas d’interviews, mais quelle intensité dans ses films !
- Vous avez montré le film récemment en avant-première à Douarnenez, quelle a été la réaction du public ?
- Justement c’était très intéressant, parce que tout le monde s’est senti respecté par le film, et a pu rentrer dans la discussion, les conventionnels comme les écolos ou les bios. C’était un grand moment.
- Pourquoi venir habiter à Douarnenez ?
- Pour être franc, c’était un souhait de mon amie, qui en avait marre de Paris. C’est récent, on a déménagé cet hiver, on attend de voir comment les choses vont tourner. Il m’arrive encore de chercher le métro ! Mais quand c’est comme ça, je vais voir la mer et je sais pourquoi je suis là. Et ici il y a beaucoup de gens de l’audiovisuel, comme Nedjma qui a cadré le film, ou des producteurs, Tita Films, venus de Marseille, c’est un beau contexte.
- D’autres projets dans l’immédiat ?
- J’aimerai continuer sur la problématique de l’élevage du cochon en Bretagne. Je n’en suis pas encore sorti ! Et puis une envie encore un peu vague, faire quelque chose sur l’île Tristan, en face de chez moi, un lieu magique.
Propos recueillis par Brigitte Chevet
Photo ci-contre: Mathurin Peschet sur le tournage, avec la FDSEA.
Diffusion: mercredi 22 février vers minuit, sur France 3 Bretagne. A revoir sur PLuzz.fr pendant une semaine: http://www.pluzz.fr/doc-24-bretagne-2012-02-22-23h55.html
Réalisation: Mathurin PESCHET; Image: Nedjma BERDER, Yann QUEFFELEC, Gwendal QUISTREBERT, Son: Henry PUIZILLOUT, Patrick ROCHER, Goulven L’HER, Pierre-Albert VIVET; Animations: Johanna BESSIÈRE, Montage: Katia MANCEAU, Musique originale: Robert le Magnifique; Production; Gilles PADOVANI, Elodie SONNEFRAUD .Mille et Une. Films. En coproduction avec France Télévisions. Avec la participation de Tébéo, TVR, Ty Télé. Avec le soutien de la Région Bretagne en partenariat avec le CNC,
le Conseil général des Côtes d’Armor, la Fondation pour une Terre Humaine. Durée: 52 minutes