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      • DÉCENTRALISATION

      • En passant par la Lorraine...

      • publié le 12/01/2012
          • Comment s’organisent les autres régions vis-à-vis de la décentralisation audiovisuelle ? Quelles structures, quelle place pour les professionnels de l’image ? S’il y a un bien un domaine où le développement régionale est inégal et varié, c’est celui-là. Après les années 90, qui ont vu émerger les toutes premières associations, les années 2000 et suivantes sont celles de la structuration, voire de la consolidation pour les plus avancés. Avec cette interview de Philippe Thomine, auteur et réalisateur de Nancy, membre du CA de la Safire Lorraine, nous commençons une série d’articles sur les régions françaises et leur organisation en terme d’audiovisuel et de cinéma.
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            - BC : Comment sont nées les structures représentatives de l’audiovisuel en région Lorraine ?

            - Philippe Thomine : Vers 1990 s’est formé l’APRIL, une association à la fois de réalisateurs et de producteurs. Puis, d’un commun accord, en 2003, nous nous sommes séparés en deux associations distinctes, pour pouvoir siéger, avec nos propres représentants, au nouveau fonds d’aide régional créé alors. Cela fait maintenant plusieurs années que nous fonctionnons comme cela, mais l’idée d’une plus grande synergie, d’un Pôle Image régional revient avec insistance, c’est un vrai besoin. Il y a eu plusieurs tentatives en ce sens, mais l’éternelle rivalité entre Metz et Nancy n’a pas aidé à sa concrétisation. Depuis deux ans, cependant, le projet prend forme. Les élus régionaux nous ont demandé de nous fédérer dans une structure commune. C’est ce que nous avons fait en 2011, avec une nouvelle association, Films en Lorraine, ou FEL, regroupant producteurs, auteurs réalisateurs, et des diffuseurs indépendants, beaucoup de salles art et essai notamment. Nous nous sommes pas mal inspirés de Films en Bretagne, notamment des statuts, du système des collèges, et nous aimons beaucoup votre site !

            - Quelle est la configuration du paysage audiovisuel lorrain ?

            - Nous sommes moins nombreux qu’en Bretagne ! A la Safire, l'association des réalisateurs, nous avons une quarantaine d’adhérents auteurs et/ou réalisateurs, mais dont seulement une quinzaine vit de ce métier. Beaucoup sont sur des frontières floues, à cheval entre techniciens et auteurs. Il y a une dizaine de producteurs dont la moitié seulement fait du documentaire (certains irrégulièrement). France 3 Lorraine est active, avec une dizaine de docs par an. Une spécificité régionale, c’est TV Vosges, (ex-Images Plus d’Epinal), qui a une politique documentaire intéressante, même si elle est mal financée. Il y a aussi TV Mirabelle à Metz et d’autres télés locales. Un bureau d’accueil de tournage existe et est directement géré par la Région en interne.

            - De la fiction ?

            - Il y quelques cours métrages réalisés chaque année, mais la Safire a malheureusement peu de contact avec leurs auteurs souvent très jeunes. Philippe Claudel, réalisateur nancéien, a pas mal tourné dans la région, mais la production était à Paris. Nous avons eu une expérience marquante ici, le tournage d’un long-métrage initié par une boîte de production locale, à l’origine institutionnelle, qui, au bagout, a monté un gros projet, embauché des acteurs américains. Le scénario a été refusé par les lecteurs du fonds d’aide, dont la Safire, mais il a été aidé par un autre biais. Le résultat, The Hunters est sorti en 2010, et il a fait un four. Cette expérience souligne qu’il est important que les élus prennent l’avis des professionnels. Bref, le doc est dominant, et il y a très peu de films d’animation.

            - En avez-vous fini avec la guéguerre des capitales ?

            - Il y a un armistice autour de l’idée du Sillon Lorrain, une ligne de 160 km entre Thionville au nord et Epinal au sud, passant par Metz et Nancy. Ces pôles, reliés par autoroute et train, se veulent désormais complémentaires.  Epinal cherche à renforcer son identité dans le domaine de l’image. Il y a quelques boîtes installées là-bas, un studio de tournage, une société filiale de Gédéon qui numérise et vend surtout des images numériques, The Picture Factory. Nous voilà donc avec un embryon de Pôle Image ! Mais faut-il  mettre ce fameux pôle tout au sud ?  Nancy accueillerait bien le Pôle aussi, avec quelques atouts : d’abord le CIL, Centre Images Lorraine. C’est une cinémathèque régionale conservant photos et films, qui a aussi beaucoup de documents sur la sidérurgie, tout le fonds des vulcanologues Kraft... Mais il y a aussi France 3 Lorraine situé à Nancy, le centre audiovisuel de l’université qui est actif et enfin plus de boîtes et de réalisateurs...à titre personnel je penche plutôt pour Nancy, il est vrai que j’y habite ! Aux dernières nouvelles, Nancy et Epinal chercheraient à s’entendre, et Metz ne serait pas candidat, même s’il y a là-bas beaucoup d’actions autour de l’éducation à l’image.

            - Il y a-t-il un véritable intérêt pour ce Pôle de l’image chez les professionnels lorrains ?

            - Oui, cela intéresse tout le monde. Cela voudra dire plus de moyens pour notre secteur, pouvoir agir dans le domaine de l’information, de la formation et de l’animation du secteur audiovisuel. Chaque année, nous nous rencontrons à Gérardmer, au festival, et en 2011, c’était vraiment intéressant et réussi. C’est là que les élus ont reconnu le travail de FEL et nous ont proposé la création de ce Pôle, en partant dans un premier temps sur l’éducation à l’image. Maintenant, la forme définitive n’est pas encore tranchée. Est-ce qu’il s’agira d’un EPCC, établissement public de coopération culturelle, comme dans le Nord, ou bien une association qui fédère comme en Bretagne ? Après avoir rencontré l’ancien directeur de FEB, Serge Steyer, nous les réalisateurs penchons plutôt pour une fédération, qui permet aux professionnels de rester au centre du processus. Même si on a bien conscience que c’est une charge plus lourde sur nos épaules. Cela fera partie des choix à faire en 2012, année « de préfiguration » où le futur Pôle va pouvoir engager deux salariés. Un comité de pilotage est mis en place avec des membres du CA de FEL, ouvert à de nouveaux collèges (techniciens, festivals) et des représentants de la Région, de la Drac et des partenaires locaux.

            - Est-ce que pour vous la Région est la bonne échelle de développement et de réflexion ?

            - Oui, sans conteste, même si nous avons développé un partenariat privilégié avec les professionnels d’Alsace, avec qui nous publions en commun la Lettre du Grand Est. Nous avons un dialogue avec la Bretagne également. Les villes ou les départements, sauf exception, sont absents du débat audiovisuel ou cinématographique. La Région est la bonne échelle, car le fonds de soutien est très structurant. C’est là qu’il faut dialoguer. Par exemple, l’aide à l’écriture vient d’être supprimée de manière unilatérale, au prétexte que certains projets ne voient pas le jour. Nous allons essayer de défendre son rétablissement. Mais au niveau politique, nous nous sentons soutenus globalement. Même si les politiques n’ont pas toujours conscience de l’extrême centralisation de l’audiovisuel en France, ils ont envie qu’il se passe des choses ici, qu’on y tourne des films.

            - Comment voyez-vous l’avenir ?

            - Tout est fragile. Ceux qui dépendent de France 3 Région notamment doivent se diversifier, soit vers d’autres créneaux de diffusion (cable, web, etc…), soit vers le reportage, ou encore travailler sur Paris. C’est un peu ce que réussit à faire Dominique Hennequin de Nomades TV, le président des producteurs, en allant vers le Grand Reportage. Mais c’est rare. Il faut avancer pas à pas. Nous avons conscience de la complexité de la chose et d’être peu nombreux ici.

            - Est-ce que d’autres institutions comme la Scam pourraient vous aider ? Les syndicats de producteurs ? Le CNC ?

            - Bien sûr, plus nous jouons la carte de la coopération et la complémentarité, plus nous pourrons avancer en évitant de tomber dans les chausse-trappes. L’Ina Grand-Est est présente, la Scam semble vouloir s’intéresser plus aux auteurs en région et c’est tant mieux.  Mais nous ne sommes pas sûr que d'autres institutions comme le CNC ou les syndicats de producteurs souhaitent vraiment développer la décentralisation culturelle. Le CNC donne plutôt des signes en sens inverse. L’existence de Pôles Images en Région, surtout si, dans l’avenir, ils agissent en commun, pourrait être un atout pour militer dans le sens de la décentralisation, comme vous avez déjà su le faire en Bretagne !

            Propos recueillis par Brigitte Chevet

            Photo: les professionnels de l'audiovisuel et du cinéma de Lorraine, réunis à Gérardmer en 2011, pour décider de la création d'un pôle images lorrain.

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