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Pourquoi tu m'aides ? Cinéma, audiovisuel, nouvelles images : présentation critique pour réinventer les aides publiques territoriales en faveur de la création

Editorial
par Colette Quesson

Films en Bretagne est un organe unique en France qui regroupe de façon transversale les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel et provoque débats, concertations, circulations d’information, formations, rencontres. Comme partout, ce n’est pas sans tiraillements entre corporations et conceptions parfois opposées de nos métiers ; mais grâce à Films en Bretagne, les professionnels se mettent autour d’une table et formulent des propositions, sous le regard attentif de la Région Bretagne qui soutient et accompagne cette réflexion. C’est ainsi que l’association m’a sollicitée pour mener une réflexion consacrée aux aides territoriales à la création et à la production cinématographique et audiovisuelle. Une façon pour moi de tourner la page après quatorze années passées en charge du fonds d’aide de la Région Centre. Le sujet est vaste et complexe, avec les fils entrelacés des enjeux nationaux et des objectifs locaux, des volontés politiques et des attentes professionnelles. Et nous pourrions largement consacrer un autre dossier à questionner l’action des collectivités en faveur de la diffusion, de la transmission et de l’exploitation, maillons essentiels d’une politique publique aboutie.
En 2011 et 2012, de nouvelles conventions de développement cinématographique et audiovisuel entre le CNC et les Régions sont signées et la France renégocie les cadres de ses régimes d’aide nationaux chapeautant les dispositifs territoriaux, en vue d’une notification par la Commission européenne.
Au moment où les contours d’une seconde génération de politiques territoriales se dessinent et se décident, que doit-on retenir de la première ?
Nous ne chercherons pas ici à trancher entre les deux dimensions - économique et culturelle - qui sont bien deux composantes inextricables de ce secteur, et par là-même, du soutien public à ce secteur.
Pour certaines collectivités, l’objectif économique est apparu dès la mise en place des fonds de soutien. Pour presque toutes, cet objectif est monté en puissance ces dernières années. Les politiques cherchent à intégrer cette dualité des objectifs avec une troisième dimension : l’émergence d’une filière locale très diversement structurée selon les potentiels géographiques et l’engagement des professionnels
régionaux.
Ce qui est devenu assourdissant, c’est la tendance moderne qui consiste, sur fond de Révision Générale des Politiques Publiques, à tout quantifier et en particulier
l’impact économique. On compte et cela rassure. Mais ces bilans chiffrés convainquent-ils finalement nos élus ? Et servent-ils réellement les politiques ?
Au contraire, ils me semblent être liés au sentiment de “perte de sens” largement partagé.
Que voyons-nous aujourd’hui ? PLUS de chaînes, PLUS de tuyaux numériques, PLUS d’“images”, et MOINS d’oeuvres audiovisuelles, MOINS d’espaces pour les auteurs, MOINS d’audace chez les financeurs des projets.
Peu d’interlocuteurs demandent le développement financier des fonds d’aide. Ce qui est formulé, c’est une attente quant à la nature et à la qualité des oeuvres soutenues, ainsi que la prise en compte des compétences créatives en région. Pour autant, le dynamisme des politiques territoriales, en partenariat avec le CNC, a réellement fait bouger le paysage audiovisuel jusqu’à aujourd’hui. “Du point de vue du CNC, ces aides sont essentielles pour le maintien de la diversité de la production”, écrit Eric Garandeau1.
La décentralisation audiovisuelle n’a jamais été un objectif partagé, ni pour les collectivités, ni pour l’état ; elle est embryonnaire dans quelques territoires, née de l’énergie de quelques professionnels et institutions.
Comment reposer les bases techniques, juridiques et politiques des dispositifs d’aide dans un contexte européen ? Comment sceller une articulation pertinente entre les projets, les collectivités et les professionnels des régions ? Et remettre au centre des préoccupations : le contenu des oeuvres soutenues, la créativité et la compétence des professionnels régionaux et la coopération entre territoires ?
La période de crise du financement public que nous traversons est propice à la réflexion ; les collectivités sont face à des choix budgétaires tendus et des orientations fortes n’en sont que plus nécessaires. Ce dossier a pour ambition de tracer les lignes de force des aides territoriales et de faire des propositions pour la réinvention de ces actions au moment où une deuxième génération se dessine.

1 Dans l’avant-propos du guide 2011 de Centre Images – Soutiens à la production cinématographique et
audiovisuelle, Régions, Départements, Villes.

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ERRATUM :
Tableau "Gestion des aides" page 14 :
Concernant la Réunion, le statut de l'entité gérant le fonds d'aide est : Association/Région (non Région seule)

Photographie de l'activité en BretagneFichier
Centralisme audiovisuel en FranceFichier
Désir manifesteFichier
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